Conversation avec Martin Seligman

Seligman Martin
Seligman Martin

Quels sont vos derniers souvenirs de la France ?
J’ai des souvenirs merveilleux de vins et de gastronomie. Je suis un pur épicurien quand il s’agit de manger et de boire en France. J’ai hâte d’y retourner.


Que pensez-vous du « french paradox » ?
J’ai été frappé par quelques chiffres sur le malheur en France, comme ceux qui montrent que le bonheur moyen d’un Danois au chômage serait supérieur à celui d’un salarié français.
Je suis sceptique à ce sujet. J’aimerais comprendre ce que les Français considèrent comme le bien-être, grâce aux mesures de Gallup, par exemple.

C’est très intéressant parce que contrairement à l’absence de sourire, le pessimisme est un véritable frein. Vous pouvez sourire sans être optimiste, cela ne vous freinera pas mais si vous êtes pessimiste et que vous n’êtes pas résilient, cela affectera votre vie.


Pouvez-vous nous en dire plus sur le pouvoir de l’optimisme ?
Lorsqu’un mauvais évènement se produit, les pessimistes ont tendance à en attribuer les causes à des facteurs incontrôlables, permanents et omniprésents. Ces mêmes personnes courent également un plus grand risque de dépression que leurs homologues optimistes. À l’inverse, pour les optimistes, les causes de ce genre d’événements sont liées à des facteurs contrôlables, temporaires et spécifiques. Cela agit comme un tampon contre la dépression.


En quoi l’optimisme a-t-il changé votre vie? Une anecdote?
Vous savez, j’ai été plutôt du genre pessimiste. Ceci dit, je crois aujourd’hui que seul un pessimiste peut faire de l’optimisme une science. J’exerce au quotidien ce que j’étudie et ce dont je parle. Au fil de toutes ces années de travail et de recherches, je suis devenu ce que j’appelle un «optimiste flexible». Je décèle les situations qui appellent à l’optimisme et les autres. L’optimisme me permet d’initier de nouveaux projets. A l’inverse, lorsque je me trouve dans une situation où le risque d’échec est très élevé et potentiellement catastrophique, j’active un réalisme sans merci. Dans ces cas-là, je retourne à mon pessimisme naturel.
Globalement, je suis devenu une personne plutôt positive. Je m’interroge sur la plus belle facette de la vie: les émotions positives, le sens, le progrès et le bel avenir de l’espoir. Mes antennes critiques sont toujours en place mais je prête beaucoup moins d’attention à leurs signaux. La plupart du temps, je suis rempli d’espoir.

Quelle influence l’optimisme peut-il avoir dans nos vies ?
Il existe aujourd’hui de nombreuses études sur les bienfaits de l’optimisme, y compris sur notre santé. Parmi ces découvertes, nous observons que les optimistes sont moins sujets aux dépressions et anxiétés que les pessimistes, qu’ils ont moins de rhumes, un système immunitaire plus fort et un risque cardiaque plus faible que leurs homologues plus pessimistes. Leur espérance de vie serait même supérieure de 8 ans, ils se remettent plus rapidement d’une opération et signalent ensuite une meilleure qualité de vie. Ils n’abandonnent pas facilement, même face à de graves difficultés, alors que les pessimistes seraient plus susceptibles d’anticiper une catastrophe et d’abandonner en conséquence.
Dans l’ensemble, les optimistes sont plus orientés vers l’action et la recherche de solution lorsqu’ils sont confrontés à des problèmes.


Quel serait votre conseil pour développer son optimisme ?
Chacun possède cette capacité appelée « deploying », mais qui est parfois déployée à mauvais escient.
Dans les programmes d’étude de l’optimisme, nous apprenons d’abord aux gens à reconnaître les choses catastrophiques qu’ils se disent à eux-mêmes : « Je déteste les soirées. Personne ne va me prêter attention à celle de ce soir ». Nous leur apprenons donc d’abord à imaginer cette phrase dans la bouche d’une personne extérieure dont la mission serait de nous importuner. Comment réagiriez-vous ? Vous vous défendriez certainement contre ces fausses allégations, alors pourquoi l’accepter quand cela vient de vous-même ?
C’est la compétence centrale en thérapie cognitive et en apprentissage de l’optimisme.


Qu’en est-il de la psychologie positive en général ? La bataille est-elle gagnée? Pensez-vous que la psychologie positive soit désormais reconnue par la majorité des psychologues et des psychiatres ?
Lorsque j’ai commencé ma carrière de psychologue, les questions auxquelles nous étions confrontés concernaient simplement le soulagement de la souffrance, ce que Freud et Schopenhauer nous avaient enseigné. Aujourd’hui et grâce à la psychologie positive, nous posons également des questions sur l’épanouissement et l’espoir.
La psychologie positive a reçu une immense reconnaissance de la part des professionnels du monde entier, y compris chez les psychologues et psychiatres. Des centaines de programmes universitaires l’enseignent désormais, il existe plus de 20 diplômes de mastère en psychologie positive, de nombreux gouvernements mesurent le bien-être et l’épanouissement de leur population et il y a chaque jour de nombreuses conférences à travers le monde, des milliers études et de travaux universitaires. Nous avons fait d’énormes progrès depuis vingt ans.
Quant aux sceptiques, ils nous obligent. En science, la critique est ce à quoi vous devez répondre, elle vous permet d’affiner et d’affirmer les avancées.
Il y a une objection majeure à laquelle nous devons répondre : elle postule que la psychologie positive serait autocentrée et devrait davantage s’ouvrir aux autres. Je réponds que nous devons construire un monde meilleur, une économie plus solidaire et nous assurer que l’ensemble de la population mondiale vive mieux. A ceux qui parlent d’égoïsme, je voudrais dire que la psychologie positive n’est pas l’étude du sourire mais s’intéresse au sens, à la vertu et à l’épanouissement.
La bataille n’est donc jamais entièrement gagnée mais les progrès accomplis à ce jour sont déjà considérables.

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