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Merci, culpabilité !

Certains d’entre nous, peut-être la plupart, se sentent ou se sont déjà sentis, coupables.

 

Lorsque nous nous sentons coupables, nous nous jugeons la plupart du temps assez sévèrement. Le sentiment peut durer plusieurs jours. Il est présent, sous-jacent et revient de façon lancinante.  Nous nous estimons impardonnables, dans le regret de ce que l’on a fait. Nous nous éloignons du présent puisque nous sommes bloqués dans le passé, attachés à l’acte commis. Et puis, avec le temps qui passe, Nous finissons par oublier. Dans ce scénario, ce n’est donc que l’effet du temps qui atténue le sentiment de culpabilité. Il nous permet de nous détacher de cette douleur qui nous ronge de l’intérieur.

 

Cependant, il est possible d’agir pour faire cesser le sentiment de culpabilité.

 

Un acte ayant eu des conséquences néfastes doit-il nous enfermer pour le futur ? C’est-à-dire, est-ce que cet acte doit nous condamner à rester dans le passé et dans le regret de l’avoir commis ?

 

Notre système pénitentiaire démontre qu’un acte délinquant ou criminel condamne pour le futur puisqu’il prévoit la peine d’enfermement.

 

Dans la plupart des cas, c’est ce que nous nous imposons, puisque nous nous condamnons jusqu’à ce que le temps se soit écoulé et qu’on ait la sensation d’avoir « purgé sa peine ».

 

L’idée n’est pas d’oublier l’acte commis, mais de faire en sorte qu’il ne prenne pas toute la place dans une vie. Au lieu de régler l’affaire au tribunal ne pourrions-nous pas, avec notre juge intérieur, la régler à l’amiable avec nous-même ?

 

Ainsi, puisque culpabiliser n’aide pas à avancer, voici un cas pratique résolu à l’aide d’une méthode proposée par le Mind Gym. Le MindGym est une société de conseil utilisant les découvertes récentes de la psychologie et des sciences comportementales afin de transformer la manière de penser, de ressentir et de se comporter des gens et ainsi d’améliorer la performance des entreprises et les vies des personnes qui y travaillent.

 

Ilona Boniwell, CEO de Positran a collaboré avec le Mind Gym en tant que consultant-expert pendant 5 ans.

 

Cas pratique :

      - X. a obtenu une promotion alors que Y. voulait l’obtenir depuis longtemps.

Y. a ensuite raconté au manager des histoires fausses concernant X, ce qui a conduit à ce que celui-ci retire la promotion X.

Y. se sent coupable suite à l’acte qu’elle a commis vis-à-vis de X.

Comment Y. peut-elle procéder, en utilisant ce sentiment de culpabilité, pour évoluer suite à cet évènement ?

 

Dans son livre Wake your Mind Up (2005), le Mind Gym propose un processus en 7 étapes afin de dialoguer avec soi-même en vue de trouver un accord interne. 

 

1. Identifier ma croyance

       - Je me sens lésée, pas considérée parce que j’ai la croyance que j’obtiens toujours moins que les autres, je me sens inférieure etc.

 

Mettons-nous à la place de Y.

 

Comment puis-je expliquer mon comportement? J’ai agi comme cela parce que je me sentais frustrée, lésée, rejetée… Ce qui m’a poussée à le faire, c’est le sentiment d’infériorité, d’injustice, je pensais que cette promotion aurait dû m’être destinée.

 

Si je me rends compte que ce sentiment m’a poussée à commettre un acte que je regrette, je peux voir qu’il a une origine. C’est cette croyance.

 

Rétrospectivement, je me rends compte que mon acte n’était pas la solution optimale pour gérer la situation mais que je n’ai pas su faire autrement. En somme, j’ai fait de mon mieux.

 

A partir de là, je peux entamer le travail d’identification de la raison pour laquelle je me suis sentie lésée dans cette situation. Cela peut être fait par le biais d’une aide extérieure (psychologue, supervision ou autres) mais aussi seul(e). En effet, je peux tenter de comprendre d’où viennent ces sentiments de frustration et de rejet en analysant, plus profondément, la situation.

 

Pourquoi cette anecdote a-t-elle réveillé une blessure et m’a-t-elle fait perdre le contrôle de mes actes ? Peut-être est-ce parce que je manque de confiance en moi et que je ne mesure pas à leur juste valeur les efforts que je fais et donc que je n’ose pas demander à être promue …

 

2. Quels arguments puis-je trouver pour contredire ma croyance ?

Faire une liste :

      - J’ai eu la chance de faire des études alors que d’autres n’en ont pas la possibilité

      - J’ai déjà été reconnue pour mon travail, par exemple lorsque j’ai eu une augmentation

      - Etc

 

Ce recul pris sur l’acte peut m’aider à repartir sur de nouvelles bases.

 

Je peux également me rassurer sur le fait que tout le monde a des faiblesses, que tout le monde commet des erreurs. Admettre que je ne suis pas parfait(e).

 

Faire le deuil de l’illusion selon laquelle il faudrait être parfait, ne jamais faire d’erreur. Notre société ne nous aide pas vraiment dans ce sens. Il est en effet d’usage de porter un masque pour couvrir sa vulnérabilité et ses erreurs. Osons la vulnérabilité !

 

3. Si cela ne suffit pas, quelles explications alternatives puis-je trouver ?

 

    - La personne qui a été promue avait demandé à l’être, alors que moi je n’ai jamais rien osé demander.

 

Pour me sentir mieux avec moi-même et repartir de l’avant, je peux tenter de me voir dans ma globalité.

 

Oui, dans cette situation, j’ai heurté quelqu’un.

 

Mais j’ai aussi contribué à rendre la vie des autres plus belles dans de nombreuses autres situations.  Je contrebalance mes faiblesses avec mes forces. Je me rends compte que je suis un individu complexe.

 

4. Si cela ne suffit pas : comment cela se passerait si ma croyance s’avérait vraie?

S’il était vrai que les autres ont toujours plus que moi, que je leur suis inférieure, je n’obtiendrais jamais de promotion.

 

Cela me mettrait en permanence dans des situations conflictuelles avec les autres, je n’aurais jamais de moments de détente, de confiance puisque je serais dans une injustice permanente, je ne pourrais jamais espérer réussir quoi que ce soit dans la vie.

 

Et je me rends compte que cette croyance n’est pas vraie puisque me viennent à l’esprit de nombreux exemples où j’ai été traitée équitablement voire parfois mieux que les autres.

 

5. Si vous vous accrochez encore à votre croyance : En quoi ce point de vue est-il utile pour vous ? Quel est votre intérêt à penser cela ?

Mon intérêt à penser cela… Aucun, cela me dessert en toutes circonstances et me met en porte-à-faux avec les autres.

 

6. A la suite de ce dialogue avec moi-même, que puis-je faire pour améliorer la situation ?

Lister les options, par exemple :

    - Dès que je pense que j’ai été traitée injustement, je peux me rappeler de tous les moments où j’ai été traitée équitablement ou même mieux traitée que les autres ;

    - Si je suis retenté(e) de commettre un acte similaire, je peux réfléchir à l’évènement antérieur où j’ai regretté mon acte, cela m’aidera à voir les conséquences d’un tel acte et m’incitera à éviter de le refaire ;

    - Chercher des manières d’agir constructivement plutôt que destructivement, c'est-à-dire chercher à nourrir mon besoin d'une autre manière. Par exemple, en allant voir mon supérieur et lui dire que je souhaiterais être promu.

 

Un acte commis à un moment donné et qui ne me rend pas fière et triste après coup ne me définit pas pour toujours et pour tout ce que je suis.

 

Certes j’aurais aimé agir différemment rétrospectivement et gérer la situation de manière positive pour tout le monde.

 

Je peux alors me poser la question : de quelle manière aurais-je pu gérer la situation positivement ? Ou d’une manière qui me semblerait juste ?

 

Par exemple, j’aurais pu profiter de cette occasion pour oser demander de l’avancement à ma hiérarchie, moi qui n’ose jamais le faire, en voyant que ceux qui osent finissent par obtenir ce qu’ils veulent. Au lieu de heurter quelqu’un, j’aurais pu apprendre de la situation pour progresser.

 

Une fois la solution trouvée, je peux prendre une décision.

 

Je peux prendre la décision de repartir à zéro.

 

En acceptant d’avoir commis cet acte et les regrets qui vont avec, en acceptant d’être imparfaite. Sur le moment j’ai agi de la meilleure façon que je pouvais. Je peux me promettre que la prochaine fois que je me retrouverais dans une situation où ma blessure revient me défier, de me souvenir de cette situation pour agir alors de la manière la plus juste et adaptée possible et surtout en respectant mes valeurs afin que le sentiment de culpabilité ne me ronge plus à nouveau.

 

7. Quelles actions vais-je entreprendre et quand, afin de modifier ma croyance et donc mon comportement ?

Par exemple, à l’avenir, pour transformer cet évènement négatif je peux :

    - faire en sorte d’agir plus en adéquation avec mes valeurs ;

    - avoir de la gratitude pour le fait d’avoir pris conscience d’un blocage profond qui est ressorti à cette occasion ;

    - entamer un travail seul ou accompagné par rapport à ce blocage ;

    - m’observer à chaque fois que ma blessure resurgit afin de pouvoir agir en conscience face à l’évènement, au lieu d’agir sur l’impulsion du          moment.

 

Une autre technique pour travailler sur les situations difficiles est d’utiliser un travail cognitif développé par Boniwell et Ryan (2010) dans le programme SPARC Résilience par le biais de l’identification de nos distorsions cognitives ou nos petites voix intérieures limitantes, telles que l’Accusateur, toujours à reporter la faute sur les autres ou encore le Juge, toujours en train d’évaluer si une situation est juste, conforme aux règles, à ce qui « devrait être »...

 

Donc, merci à la culpabilité de nous donner une opportunité pour progresser !

 

Ecrit par Annabel Bacle

 

The Mind Gym – Wake your mind up (2005)

Retrouvez le programme SPARC Résilience dans les Modules 2 et 3 de notre formation certifiante sur Expert praticien  

Ecrit par le 25/04/2018
Dernière modification le 25/04/2018
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