Que savons-nous de la résilience ?

Par le Pr. Ilona Boniwell,

PDG de Positran ; Responsable du programme, Master (Msc) en psychologie positive appliquée, Université Anglia Ruskin ; Professeur invité, Université de East London

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Définir la résilience

Le stress, les limitations, les situations difficiles, les pertes, les changements importants dans la vie comme le vieillissement et même la mort font partie intégrante de l’être humain. Bien qu’à première vue, ces problèmes semblent être les ennemis jurés de la psychologie positive, étant donné qu’ils sont inévitables, il s’agirait de bien les gérer pour mener une vie épanouie.

Le concept de résilience a été conçu il y a environ 40 ans  lorsque des chercheurs ont remarqué que certaines personnes s’adaptaient bien à la vie malgré la présence de graves circonstances (comme la perte de parents jeunes, par exemple). Cela indiquait une divergence positive par rapport aux modèles pathologiques typiques qui supposaient que les expériences traumatisantes précoces auraient sans aucun doute des conséquences négatives sur la vie. Cependant, peu de recherches scientifiques se consacraient à ce phénomène et le champ d’étude était assez restreint. Ce n’est qu’au cours des 20 dernières années que l’étude de la résilience s’est considérablement développée, et une étude récente a révélé que l’utilisation du terme “résilience” dans la littérature universitaire a été multipliée par 8 au cours de ces deux dernières décennies.

La résilience peut être décrite comme une résistance relative au stress ainsi qu’aux événements ou conditions défavorables présentes et futures (maltraitance, divorce, pauvreté, etc.). En d’autres termes, la résilience est une capacité à rebondir et à se sentir en contrôle de nos émotions et réactions dans des circonstances difficiles. Les personnes qui possèdent cette capacité sont plus actives et plus réactives sur le plan social, et s’adaptent avec succès à l’expérience des facteurs de risque.

La résilience est en fait une construction à multiples facettes. Il s’agit à la fois d’une capacité et d’un processus actif qui englobe la flexibilité d’une personne en réponse à des exigences de situations changeantes, et la capacité à rebondir après des expériences émotionnelles négatives. Nous pouvons distinguer trois facettes de la résilience : la récupération, la résistance et la reconfiguration.

  1. Le rétablissement est cette facette de la résilience qui se réfère au retour à la normale, au niveau de fonctionnement (santé et bien-être psychosocial) avant le stress.
  2. La résistance se produit lorsqu’une personne présente très peu ou aucun signe de perturbation (faible détresse, fonctionnement normal) à la suite d’un événement difficile.
  3. La reconfiguration se produit lorsqu’une personne retourne à l’homéostasie dans une forme différente, avec des aspects clés concernant cette personne qui changent à la suite de son expérience.

Bien que la résilience soit un phénomène complexe, bon nombre de ses compétences peuvent être acquises grâce aux outils proposés par la capacité de faire face et de s’adapter, la croissance post-traumatique, la thérapie cognitivo-comportementale, la psychologie positive, la pleine conscience, etc. Examinons donc en détail les domaines de recherche et de pratique qui éclairent notre compréhension actuelle de la résilience.

1) Faire face

La littérature sur l’adaptation parle de trois grands types de stratégies que les gens ont tendance à utiliser : l’adaptation axée sur les problèmes, l’adaptation axée sur les émotions et l’évitement (Carr, 2004). L’adaptation centrée sur les problèmes se produit lorsque les gens identifient un problème et prennent des mesures afin de le résoudre. Ces stratégies visent à modifier directement la source de stress, en réglant le problème. L’adaptation axées sur les émotions n’est pas vraiment centrée sur le problème mais sur les émotions que celui-ci suscite en nous. Ainsi, si nous nous tournons vers quelqu’un d’autre pour obtenir de l’aide, ce sera généralement pour obtenir un soutien émotionnel (par exemple, parler, pleurer, faire preuve d’empathie), plutôt qu’instrumental (par exemple, des conseils spécifiques sur ce qu’il faut faire dans la situation). Il est souvent utile de traiter d’abord les émotions, avant de se concentrer sur le problème réel. Lorsque les émotions ont été traitées, nous pouvons mieux réfléchir et évaluer la situation avec plus de précision, en y voyant les différentes possibilités offertes. Ces stratégies sont également plus adaptées aux situations de stress incontrôlables, lorsqu’il est impossible de “résoudre” le problème. L’évitement se produit lorsque les gens tentent de nier l’existence du problème et de le bloquer dans leur esprit (éventuellement avec l’aide de l’alcool, de la drogue ou même des études/du travail).

Les stratégies concrètes dans ces trois grands groupes peuvent être fonctionnelles et dysfonctionnelles. Par exemple, accepter la responsabilité de résoudre un problème ou élaborer un plan d’action réaliste font partie des stratégies fonctionnelles axées sur le problème, tandis que la procrastination est une stratégie dysfonctionnelle. De même, la catharsis, la décharge émotionnelle ou le fait de demander le soutien d’amis sont des moyens constructifs axés sur les émotions pour faire face à la situation, tandis que s’engager dans des relations destructrices, l’agression ou les pensées désiratives le sont beaucoup moins. Les stratégies axées sur l’évitement peuvent également être utiles à court terme. Cependant, être distrait en permanence et se désengager mentalement de l’expérience vécue est dysfonctionnel, en partie parce que les problèmes non résolus ne se résolvent pas d’eux-mêmes mais ont tendance à s’aggraver avec le temps.

2) Croissance post-traumatique (CPT)

Nous sommes confrontés quotidiennement à des situations stressantes, certaines plus graves que d’autres. Cependant, nous sommes parfois confrontés à des événements traumatisants (par exemple, le décès d’un parent ou la déclaration/ la survenue d’un handicap) qui peuvent changer le cours de notre vie pour toujours. Certaines croyances (par exemple, que le monde est généralement un endroit juste) peuvent ne plus sembler vraies et de nombreux objectifs peuvent ne plus sembler importants. Pourtant, même lorsque cela se produit, certains individus ressortent de l’expérience en ayant acquis quelque chose. Ce phénomène est appelé croissance post-traumatique. Il est associé à une meilleure santé non seulement psychologique, mais aussi physique (Baumeister & Vohs, 2002).

En faisant l’expérience d’une croissance post-traumatique, de nombreuses personnes ont le sentiment d’être beaucoup plus fortes après l’adversité et ont plus confiance en elles et en leurs capacités. D’autres déclarent avoir des relations meilleures et plus fortes, ou avoir un plus grand sentiment de compassion pour les autres dans des situations similaires. Parfois, les gens apprennent à apprécier à nouveau ce qu’ils ont, même les petites choses de la vie que nous tenons si souvent pour acquises. Certains découvrent également un sens ou une spiritualité à la suite de l’événement, ce qui conduit à l’élaboration d’une vision du monde et d’une philosophie de vie plus cohérente et plus satisfaisante (Tedeschi & Calhoun, 2004).

Un psychologue renommé, Victor Frankl (1963), lui-même survivant de l’Holocauste, a constaté que l’attitude que l’on adopte face à l’adversité est cruciale : “On peut tout prendre à un homme, mais … la dernière des libertés humaines – de décider de son comportement dans un ensemble de circonstances données, de choisir sa propre voie”. Par exemple, si une situation traumatisante est perçue comme un défi, la personne est plus susceptible de connaître une CPT.

Plusieurs facteurs qui contribuent à la CPT sont également des compétences utiles qui peuvent aider à développer la résilience. Il s’agit de :

– Donner du sens à la situation
– Trouver une signification/ du sens
– Attitude face à l’adversité
– Soutien interpersonnel.

Les stratégies concrètes dans ces trois grands groupes peuvent être fonctionnelles et dysfonctionnelles. Par exemple, accepter la responsabilité de résoudre un problème ou élaborer un plan d’action réaliste font partie des stratégies fonctionnelles axées sur le problème, tandis que la procrastination est une stratégie dysfonctionnelle. De même, la catharsis, la décharge émotionnelle ou le fait de demander le soutien d’amis sont des moyens constructifs axés sur les émotions pour faire face à la situation, tandis que s’engager dans des relations destructrices, l’agression ou les pensées désiratives le sont beaucoup moins. Les stratégies axées sur l’évitement peuvent également être utiles à court terme. Cependant, être distrait en permanence et se désengager mentalement de l’expérience vécue est dysfonctionnel, en partie parce que les problèmes non résolus ne se résolvent pas d’eux-mêmes mais ont tendance à s’aggraver avec le temps.

3) Thérapie cognitivo-comportementale

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est un terme utilisé pour décrire les interventions qui visent à réduire le stress psychologique et les comportements inadaptés en modifiant les processus cognitifs ou la pensée. En effet, il a été constaté que de nombreux problèmes psychologiques sont associés à une pensée déformée ou déficiente (par exemple, il a été constaté que les personnes souffrant de troubles anxieux perçoivent à tort des événements ambigus comme menaçants. Un certain nombre d’études ont conclu que la TCC est un moyen efficace de nous aider à traiter les problèmes psychologiques ou comportementaux (par exemple, Dray et al, 2017).

Le principe de base de la TCC est que, puisque le comportement et les sentiments sont influencés par des processus cognitifs, changer notre façon de penser peut entraîner des changements de comportement et de sentiments. La TCC se concentre sur le “ici et maintenant” plutôt que sur le passé, et est basée sur un processus guidé de découverte de soi, d’expérimentation et de développement de compétences.

Les éléments essentiels des interventions cognitivo-comportementales qui peuvent être utiles au développement de la résilience sont énumérés ci-dessous :

– Surveillance de la pensée (par exemple, identification des pensées automatiques négatives)
– Identification et remise en cause des distorsions cognitives et des pièges de la pensée (tirer des conclusions hâtives ; vision étroite ; amplifier le négatif et minimiser le positif ; personnaliser ou externaliser le blâme ; généraliser à l’excès les petits échecs, etc.)
– Évaluation et recadrage de la pensée (développement de processus cognitifs alternatifs)
– Un optimisme délibéré dans l’élaboration de perspectives d’avenir nouvelles et positives
– Étiquetage affectif (par exemple, nommer les émotions vécues)
– Surveillance affective (par exemple, échelles pour évaluer l’intensité)
– Gestion affective (par exemple, techniques de relaxation)
– Jeu de rôle, modelage et répétition
– Pratique à domicile et exercices

4) Psychologie positive

La psychologie positive (PP) est la science des aspects positifs de la vie humaine, tels que le bonheur, le bien-être et l’épanouissement. Souvent opposée au modèle médical, cette approche met explicitement l’accent sur le potentiel des individus et sur la quête de ce qui donnent un sens à notre vie (Seligman et Csikszentmihalyi, 2000). La psychologie positive pose des questions légèrement différentes, telles que “Qu’est-ce qui marche” plutôt que “Qu’est-ce qui ne marche pas”, “Qu’est-ce qui va chez cette personne” plutôt que “Qu’est-ce qui ne va pas”, “Pourquoi certains individus réussissent-ils lorsqu’ils sont confrontés à des circonstances défavorables” plutôt que “Pourquoi certains échouent-ils”. En bref, la psychologie positive peut se résumer à s’appuyer sur les points fort, plutôt que de s’attarder sur ce qui ne va pas. Les éléments et interventions psychologiques positifs suivants ont été identifiés comme étant utiles au développement de la résilience (Tabibnia & Radecki, 2018).

– Identifier ses expériences antérieures de réussite et de compétence
– Reconnaître et utiliser les points forts authentiques et personnels
– Un engagement actif avec son entourage
– Récolter le “pouvoir” des émotions positives
– Développer un état d’esprit flexible
– Participation à une activité physique

5) Pleine conscience

La recherche et les preuves sur la pleine conscience a connu une croissance exponentielle ces dernières années, le nombre combiné de publications au cours des trois dernières années représentent plus que le nombre total de publications de 1980 à 2013. Cette explosion de la recherche reflète l’intérêt croissant des scientifiques et des praticiens pour la pleine conscience.   Jon Kabat-Zinn, le créateur du programme de réduction du stress basé sur la pleine conscience (MBSR), décrit la pleine conscience comme “le fait de prêter attention d’une manière particulière, intentionnellement, au moment présent et sans porter de jugement” (Kabat-Zin, 2013, p. xxxv) avec la capacité de rester pleinement présent dans tout ce qui se passe au moment où cela se produit.  Des études neuroscientifiques approfondies ont montré que la pleine conscience modifie le fonctionnement du cerveau – elle améliore la flexibilité cognitive, la créativité et l’innovation, le bien-être, la régulation émotionnelle et l’empathie.  La pleine conscience est également présentée comme une stratégie efficace pour la régulation émotionnelle, l’amélioration de la régulation du stress et du bien-être psychologique et physique et l’amélioration de la flexibilité cognitive, la gestion de la douleur et l’amélioration des effets positifs. Il est prouvé que l’association des approches TCC et de la pleine conscience contribue à l’efficacité globale d’une intervention de résilience (Joyce et al, 2018).

Parmi les exemples d’exercices de pleine conscience, on peut citer le “Body Scan” (concentrer l’esprit sur des parties spécifiques du corps en séquence, avec une conscience complète et indivisible, créant une attention plus concentrée), ou l’écoute attentive (apporter une attention complète et concentrée à tous les sons entourant une personne). Si certaines de ces techniques, tel que le Body Scan, peuvent être longues, d’autres peuvent être réalisées facilement, en 5 minutes environ.  Inclure ces techniques dans les interventions de résilience à composantes multiples aide à la régulation des émotions et du stress.

En conclusion

La science nous dit qu’il est possible de développer la résilience, les preuves indiquant que de multiples ressources peuvent être mises en place par une formation et des interventions ( (Dray, al, 2107). Au cours des douze dernières années, nous avons créé le programme de résilience SPARK, qui a été administré dans des contextes éducatifs et professionnels par des moyens numériques et en face à face, et qui a démontré son impact positif sur la résilience, l’estime de soi et les résultats de la dépression (Boniwell & Ryan, 2009 ; Pluess & Boniwell, 2015 ; Pluess, Boniwell, Hefferon, & Tunariu, 2017). Le programme a évolué en fonction des derniers résultats de la recherche et comprend désormais la plupart des stratégies d’amélioration de la résilience identifiées dans la littérature. Dernièrement, le programme a été testé lors du confinement Covid-19 et a amélioré la résilience et le sens de la vie, en obtenant également un effet négatif et une réduction du stress.

En savoir plus :

Voir notre formation SPARK Resilience au Travail

Voir notre formation SPARK Resilience dans l’Education

Lisez notre étude SPARK Resilience pendant le Covid-19

Consultez notre boîte à outils sur la résilience qui comprend des vidéos et des entretiens avec des spécialistes de la résilience du monde entier.

Références scientifiques

Baumeister, R.F. & Vohs, K.D. (2002). The pursuit of meaningfulness in life. In C.R. Snyder & S.J. Lopez (Eds.), Handbook of Positive Psychology (pp.608–618). New York: Oxford University Press.

Boniwell, I. & Ryan, L. (2009). SPARK Resilience: A teacher’s guide. London, UK: University of East London.

Carr, A. (2004). Positive Psychology. Hove: Brunner-Routledge.

Dray, J., Bowman, J., Campbell, E., Freund, M., Wolfenden, L., Hodder, R. K., … & Small, T. (2017). Systematic review of universal resilience-focused interventions targeting child and adolescent mental health in the school setting. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry56(10), 813-824.

Frankl, V. E. (1963). Man’s Search for Meaning, Washington Square Press, Simon and Schuster, New York

Joyce, S., Shand, F., Tighe, J., Laurent, S. J., Bryant, R. A., & Harvey, S. B. (2018). Road to resilience: a systematic review and meta-analysis of resilience training programmes and interventions. BMJ Open8(6), e017858.

Kabat-Zinn, J. (2013). Full catastrophe living, revised edition: how to cope with stress, pain and illness using mindfulness meditation. Hachette UK.

Pluess, M., & Boniwell, I. (2015). Sensory-processing sensitivity predicts treatment response to a school-based depression prevention program: Evidence of vantage sensitivity. Personality and Individual Differences82, 40-45.

Pluess, M., Boniwell, I., Hefferon, K., & Tunariu, A. (2017). Preliminary evaluation of a school-based resilience-promoting intervention in a high-risk population: Application of an exploratory two-cohort treatment/control design. PloS one12(5), e0177191.

Seligman, M.E.P. & Csikszentmihalyi, M. (2000). Positive Psychology: An introduction. American Psychologist, 55, 5-14.

Tabibnia, G., & Radecki, D. (2018). Resilience training that can change the brain. Consulting Psychology Journal: Practice and Research, 70(1), 59-88.

Tedeschi, R.G. & Calhoun, L.G. (2004). A clinical approach to posttraumatic growth. In P. A. Linley and S. Joseph (Eds.) Positive Psychology in Practice (pp.405–419). Hoboken, New Jersey: John Wiley & Sons.

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